Passé de vie à trépas depuis le 17 août 2019, la nouvelle ne sera rendue publique que 9 mois après, dans un communiqué signé le 5 juin dernier du chef de la division de la communication du ministère de la défense.

Ce qui constitue une transgression  de la loi, notamment la Constitution du 18 janvier 1996, ainsi que l’article 37 de la loi du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénal.

Par Florentin Ndatewouo

Samuel Wazizi en activité

La nouvelle tombe comme un couperet! « A son arrivée à Yaoundé, le nommé Samuel Ebuwe Ajiekia  présentait un état fébrile, pour lequel la division de la sécurité militaire l’avait mis à la disposition de l’hôpital militaire de région N°1 à Yaoundé, pour consultation et soins appropriés. Malheureusement, l’état de santé de ce dernier va se dégrader au fil des jours, jusqu’au petit matin du samedi 17 août 2019, lorsque les médecins constatèrent son décès à 02heures13 minutes. » Apprend-t-on le 5 juin dans un communiqué signé du chef de division de la communication du ministère de la défense (Mindef), Cyrille Serge Atonfack Guemo. Ainsi, Samuel Ebuwe est décédé il y a de cela 10 mois. Ce n’est qu’après de multiples cris de détresse en direction des pouvoirs publics, aussi bien par les professionnels des médias que par les organismes de défense des droits de l’Homme à l’effet de clarifier la situation de ce dernier, que le gouvernement a cru devoir briser le silence. Ceci suite à l’annonce par la chaine de télévision Equinoxe.

Le communiqué fait savoir que « le certificat du genre de mort délivré par cet hôpital précisait clairement que le nommé Samuel Ebuwe  Ajiekia, né le 6 juin 1984 à Molyko, y était décédé le 17 août 2019, des suites d’une sepsis sévère. » Sur la défensive, le chef de la division de la communication du Mindef insiste : « Il est donc clairement décédé des suites d’une « Sepsis sévère »,   et non pas d’un quelconque acte de torture ou sévices corporels. » Le capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack poursuit : « une fois son décès constaté, sa dépouille a été déposée le même jour à la morgue de l’hôpital militaire de la région n°1, sis au Centre de formation technique des armées (Cfta), quartier Ekounou, arrondissement de Yaoundé 4ème, et la famille aussitôt informée. »

« Tissu de mensonge »

Une déclaration qui fait des vagues au sein de la profession. Denis Nkwebo, président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), antenne Littoral fait savoir que la déclaration est « un tissu de mensonge ».  

Réaction de Denis Nkwebo

 

La classe politique camerounaise s’est également indignée au sujet de la mort de Samuel Ebuwe Ajiekia. A ce concert de colère, s’ajoute la voix de l’artiste camerounaise Kareyce Fotso : « C’est de trop !!!!!!! Wazizi, journaliste camerounais emprisonné à la prison central de Yaoundé, mort depuis août 2019, sa famille n’est pas mise au courant. 10 mois plus tard on nous annonce sa mort. Nous exigeons la vérité sur son décès ! Qu’est-ce qui se passe même ? C’est quoi la suite ? »

Samuel Wazizi est arrêté le 3 août 2019 au lieudit Ekona à Buea par les forces de sécurité au cours d’une opération sur le terrain.  Ce dernier était soupçonné « d’intelligence avec les terroristes et de complicité d’actes de terrorisme. »  D’après le chef de division de la communication, Cyrille Serge Atonfack, les enquêtes menées par les éléments des forces de sécurité ont permis d’établi que « ce dernier se disant animateur dans une chaine de télévision locale, était en réalité un logisticien de divers groupes terroristes opérant sur les hauteurs de MOUTAINS LIONS (Buea), plus précisément à partir des camps retranchés de MASSOUMA  et de WONYA MAKUMBA. De même, il coordonnait les opérations logistiques des autres groupes terroristes opérant dans le département du Fako, notamment le « 21 MAN SCOTT FOR LIVE », et le « FEAR OF THE MOUTAIN », connu comme une force spéciale de frappe terroriste. » 

Atteinte aux droits de l’Homme    

« Toute personne arrêtée bénéficie de toutes les facilités raisonnables en vue d’entrer en contact avec sa famille, de constituer un conseil, de rechercher les moyens pour assurer sa défense, de consulter un médecin et recevoir des soins médicaux, et de prendre les dispositions nécessaires à l’effet d’obtenir une caution ou sa mise en liberté. »

Le décès de Samuel Wazizi constitue une atteinte aux droits de l’Homme. Mis à la disposition du 21ème Brigade d’infanterie motorisée pour « exploitation opérationnel » le 7 août 2019, Samuel Wazizi a été gardé au secret pendant 9 mois. Or, le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996 dispose que « Nul ne peut être poursuivi, arrêté ou détenu que dans les cas et selon les formes déterminées par la loi. » Pourtant, l’article 37 de la loi du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénal, dispose que « Toute personne arrêtée bénéficie de toutes les facilités raisonnables en vue d’entrer en contact avec sa famille, de constituer un conseil, de rechercher les moyens pour assurer sa défense, de consulter un médecin et recevoir des soins médicaux, et de prendre les dispositions nécessaires à l’effet d’obtenir une caution ou sa mise en liberté. »

Le décès de Samuel Wazizi dans des conditions troubles n’est pas un cas isolé. Le 10 mars 2010, Germain Bibi Ngota, directeur de publication du journal Cameroun Express décède à la prison centrale de Yaoundé dans des circonstances marquées de confusion. Par ailleurs, nombre de journalistes font au quotidien l’objet de détentions pour des accusations en rapport avec le terrorisme.  Le 7 novembre 2018, Mimi Mefo,  à l’époque rédactrice en chef adjointe et présentatrice de la chaine de télévision Equinoxe est placée sous mandat de dépôt à la prison centrale de Douala. Il lui est reproché les faits de « propagation de fausses nouvelles, insultes vis-à-vis de fonctionnaires et incitation à la révolte. » Le 23 octobre de la même année, Michel Biem Tong, est arrêté puis incarcéré pour « apologie » de sécession.  Un mois plus tard, Joseph Olinga, correspondant du journal Le messager à Bafoussam dans la région de l’Ouest, répondra des faits de  « rébellion simple et outrage à un fonctionnaire ». Ceci non sans oublier  les multiples déboires du fondateur du journal Le messager, Pius Njawe avec la justice.

Le décès de Samuel Wazizi interpelle une fois de plus le corps du métier de journaliste qui réclame la lumière sur les circonstances de sa disparition.  Au terme d’une audience hier  5 juin au palais de l’unité avec le président Paul Biya, Christophe Guilhou, ambassadeur de France au Cameroun a fait savoir que le chef de l’Etat a instruit l’ouverture d’une enquête au sujet du décès de Samuel Wazizi.

 

 

 

3 Comments

Anonyme

Très triste qu’un honnête homme perde sa vie de cette façon là.

juin 6, 2020 - 10:05 Répondre

Anonyme

Même s’il était terroriste, il avait droit à un procès pour qu’on entende sa version des faits. Je prends donc le cas extrême pour dire que d’une manière ou d’une autre, son décès autant que le silence de ce décès est insoutenable. Voilà pourquoi les journalistes doivent revendiquer.

juin 6, 2020 - 10:05 Répondre

Samuel Wazizi :"Le Snjc demande des comptes au gouvernement." | Legal237

[…] les organismes en charge des questions des droits de l’Homme pour que le gouvernement daigne briser le silence. Il n’en fallait pas plus pour organiser un mouvement collectif. Thierry Eba, président du […]

juin 6, 2020 - 10:05 Répondre

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